ESTEBAN

“Quelques critères pour définir les médias alternatifs. Définir ces critères est l'objet de vifs débats entre les médias; En voici quelques uns que nous pouvons retenir :

  1. Présentation de propositions constructives, d'inform'actions dans un ou plusieurs domaines, avec pratiques concrètes, ainsi que de nombreuses adresses utiles et contacts, et des lectures, pour aller plus loin, agir à son niveau, permettre de réduire son empreinte écologique sur la planête, et laisser une grande autonomie à celui qui le lit et l'écoute.
  2. Esprit critique vis-à-vis de la société marchande et pyramidale, hiérarchique. Ceci se fait par exemple à l'aide d'analyses, de dossiers, avec des données précises sur le fonctionnement du système capitaliste.
  3. Son fonctionnement relève d'une structure démocratique : c'est ce qui caractérise par exemple une association qui ouvre son assemblée générale annuelle à ses lectrices et lecteurs; cela peut parfois être le cas avec une coopérative. L'absence de directeur ou rédacteur/rédactrice en chef, ou la prise de décision collective des articles et dossiers à publier sont également des pratiques qui favorisent la démocratie au sein d'un média.
  4. L'autonomie financière est essentielle, et c'est l'un des critères principaux et irréductibles : un média alternatif doit pouvoir vivre largement sans l'aide financière de la publicité, de collectivités publiques (subventions d'Etat ou aides de régions, départements, mairies…) ou d'entreprises extérieures, sans quoi sa force, sa légitimité, sa pertinence et sa longevité sont gravement menacées. un lectorat ou public fidèle et un nombre d'abonnés conséquent et stable permettent le plus souvent cette nécessaire autonoomie vis-à-vis du pouvoir politique ou économique.
  5. Ses sources d'informations doivent être indépendantes, larges et multiples : centres de ressources, échange-presse, extraits d'autres revues avec informations recoupées, 'belles pages' de livres… et permettre la pluralité des opinions.
  6. Il ne considère pas l'information comme une marchandise et donc il est libre de droit d'auteur sous réserve d'indiquer la source et ses coordonnées, ce que dans le milieu on appelle copyleft par opposition au copyright de la presse classique.
  7. Il devrait être ouvert et participatif. Lectrices et lecteurs sont invitées à contribuer à ce média sous de multiples formes : envois de brèves et correspondances, propositions d'articles et de dossiers, liste de contacts, idées de livres à chroniquer, illustrations (photos, dessins…) et bien sûr le courrier des lectrices et lecteurs, souvent riche de réflexions et d'interrogations.
  8. Favoriser la coopération entre les rédacteurs, entre les lectorats, par opposition à la “guerre économique” et la compétition qui ruinent la planète, sa beauté et complexité. Montrer que l'on peut faire le chemin ensemble… et non en courant devant les autres en montrant que l'on est le plus fort et le plus radical et que l'on a un beau nombril !
  9. Populaire par sa lecture, il doit être lisible par le plus grand nombre et donc utiliser un vocabulaire accessible à tous, définir les sigles, éviter les jargons et les références non explicites.
  10. D'un rpix abordable : on peut se le procurer sans se ruiner.
  11. Il vise un esprit non-violent, non manichéen en évitant le ton agressif, les virages à 180°, la violence verbale, les insultes. Il évite de classer les bons d'un côté (les écolos, les dé-croissant-es) et les méchants de l'autre (les autonomobilistes, les gens qui regardent la télé, qui votent…) : notre planète est plus subtile que cela, tout est dans l'art de montrer comment faire évoluer les choses, comment toucher les personnes, trouver des niveaux d'engagement différents […] Ceci tout en restant exigeant dans les objectifs : tendre vers la simplicité volontaire individuelle et la sobriété collective, réduire notre empreinte écologique…
  12. La féminisation des textes et une équipe de rédaction équilibrée femmes-hommes est souhaitable; La féminisation consiste à faire en sorte que le mot 'homme' ou que le masculin ne l'emporte pas systématiquement dans un média : féminiser les métiers (auteur-e, député-e, conférencière), et les expressions toutes faites (les droits humains - te non 'de l'Homme'). Les mots et leurs employeuses ne sont jamais neutres, aussi montrez que nous sommes dans une société où la femme peut et doit avoir toute sa place dans les métiers, dans la grammaire, les textes de loi… et dans toute la société !
  13. Rechercher la cohérence : une revue alternative qui se veut écologique (mais pas forcément écologiste dans ses thèmes) se doit d'être imprimée sur du papier recyclé blanchi sans chlore (à l'oxygène par exemple), sans gâchis de papier lors de l'impression ou de la gestion des invendus” 1)
1) ESTEBAN, 2006 : 31-34
bibliography/ams_alphabetic_order/e/esteban.txt · Last modified: 2011/07/09 20:40 (external edit)