DEFINING WHAT IS A MEDIUM : RUMOR

  • L'armée chilienne sous le régime de Pinochet, sans une tentative “de récupérer les nouveaux modes d'information élaborés par la résistance, privée de tout accès à l'appareil technologique”1), défini ainsi la rumeur dans un manuel d'instruction publiée à la fin de 1973 : “la rumeur est une nouvelle diffusée par le milieu même auquel elle s'adresse; son authenticité est douteuse et son origine impossible à prouver. Une fois lancée, la rumeur se propage rapidement, à condition qu'elle réponde à certains sentiments élémentaires comme la crainte, la peur, l'espérance, le désir, la haine. POur que la rumeur soit efficace, elle doit être simple, brève, ornée de quelques détails qui impressionnent facilement l'imagination ou la mémoire. Il faut la mettre en circulation avec aplomb, comme un fait véridique, en faisant appel aux sentiments et aux émotions le plus connus du public ou du 'tout venant' auquel elle est destinée”2).
  • Dans un autre passage de ce même manuel, il et écrit “la guerre exige des peuples une série de sacrifices. L'un d'entre eux est la restriction de l'information. La menace qui pèse sur le pays rend nécessaire l'adoption de mesures d'exception […] L'une d'entre elles consiste à informer de telle manière que les nouvelles qui se propagent ne confortent pas les vues de ceux qui combattent la patrie. Malheureusement, une telle mesure entraîne certains effets négatifs. Quand le monopole de l'information devient évident, la réaction naturelle (mais que l'ennemi utilise avec opportunisme) est de chercher d'autres sources d'information qui ne soient pas apparentées à la source officielle ou qui émettent au moins une opinion différente. C'est ainsi que se développe, sans direction organique pour ainsi dire, un réseau clandestin d'information où les nouvelles sont transmises 'de bouche à oreille'. Ce dernier mode de transmission revêtait par le passé une grande fidélité. Mais les moyens modernes de communication ont sclérosé cet 'art'. Maintenant, quand les nouvelles sont transmises par un canal marginal, elles adoptent , en général, un 'sens contraire aux nouvelles officielles; cela devient leur caractéristique, ce qui ne manque pas d'imprimer à leur contenu un certain coefficient passionnel. Cela, ajouté à l'exagération qui devient tout naturellement nécessaire quand on s'affronte à l'appareil de diffusion officiel qui jouit de crédibilité et d'autorité, fait que les informations orales, vulgairement appelées 'rumeurs', sont généralement inexactes et énormément grossies… La rumeur devient un élément de désinformation, qui peut être tout à fait pernicieux s'il est manipulé par ceux qui cherchent à l'utiliser dans des buts d'agression indirecte”3).
1) MATTELART, 1979: 282-283
2) , 3) Fuerzas armadas y carabineros, los cien Combates de una batalla, Santiago du Chili, 1973
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