Alternative Information Center : en savoir plus

  • I. PROJET

Qu'y a-t-il d'alternatif dans le Centre d'Information Alternative ?”. Michel Warschawski répond à cette question en deux temps (WARSCHAWSKI, 2006 : 40). De son point de vue, ce sont d'abord les informations produites qui sont alternatives : si les journalistes-militants du centre ne “prétendent pas être objectifs”, ils ont pour but de fournir des informations, aux militants de la gauche anticolonialiste en Israël et en Palestine et au public en général, dont les sujets sont “alternatifs par nature”, car leurs choix sont déterminés par la volonté explicite de “transformer la société dans un sens plus juste et plus égalitaire”. Cet activisme constitue la seconde dimension de “l'alternativité” de l'AIC : “le Centre d'Information Alternative – lui-même alternatif, et pas seulement l'information qu'il propose – ne se limite pas à des reporters professionnels et des chercheurs possédant des diplômes académiques, mais compte des militants qui voient le travail de collecte et de distribution de l'information comme partie intégrante d'un engagement social et politique et de la lutte à laquelle ils participent, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'AIC” (ibid.). L'AIC est donc pensé comme une alternative en soi, puisque, d'une part, il constitue un “espace politique commun” (WARSCHAWSKI, 2002) entre des militants de gauche palestiniens et israéliens, et d'autre part parce que ses membres relèvent de secteurs d'activité différents – journalistes, chercheurs, militants – entrenant des relations symbiotiques.

I.1. Le projet éditorial : produire une information alternative sur le conflit israélo-palestinien

L'AIC produit des publications écrites périodiques, sous formes de magazines (News from within, The Economy of the Occupation, The Other front en anglais, Mitsad Sheni en Hébreu, Rouy'ya Ukhra en arabe), et des publications ponctuelles (sous formes de livres ou de rapports [voir bibliographie]). L'AIC participe également à la réalisation d'émissions radiophoniques en ligne, de documentaires vidéo, dispose d'un site Internet, organise des conférences, des projections de films, etc.

Au départ, explique Michel Warschawski, “l'idée, c'est d'informer, mais une information qui aille au-delà d'un travail qui était plutôt idéologique que l'on faisait - genre : le travail d'extrême-gauche sur les analyses politiques générales… Là, il s'agissait plus d'un travail d'information militante, comme on l'avait écrit dans l'un de nos premiers documents : parler de la Palestine en Hébreu, parler d'Israël en Arabe […] A ce moment-là, la presse israélienne était relativement indifférente à ce qui se faisait dans les Territoires occupés […] Du côté palestinien, il y avait un intérêt par rapport à la société israélienne, nouveau, et la presse palestinienne était pleine d'informations, souvent des traductions d'articles publiés dans les quotidiens israéliens […] Mais avec un problème, c'est qu'ils manquaient souvent de grilles d'analyse, ce qui fait qu'ils ne savaient pas évaluer l'importance ou la non-importance de deux articles […] Il fallait les aider, quelque part […] à peser, à doser, savoir que 'ça c'est une information très importante' (Interview, Jérusalem, 2005)

I.2. Le projet politique : construire un espace politique commun entre militants Palestiniens, Israéliens et Internationaux

Les membres de l'AIC assument un engagement politique dans le conflit israélo-palestinien : “en ce qui concerne le reproche fréquent adressé à la nature politique de l'AIC, explique Michel Warschawski, notre réponse est de plaider coupable. Ici aussi nous différons de la plupart des organisations à buts non lucratif, qui essaient d'éviter une affiliation politique et maintenir uniquement un caractère professionnel. Nous croyons fermement qu'il est possible d'être un professionnel et une organisation à buts non lucratifs, de traiter des droits humains avec une perspective politique et de constituer un centre d'information qui n'hésite pas à mettre en évidence ses objectifs politiques” (WARSCHAWSKI, 2006 : 40). Il définit l'organisation comme une organisation “tournée vers l'international, progressiste, israélo-palestinienne et militante” (WARSCHAWSKI, 2006 : 4).

Trois composantes idéologiques communnes réunissent à sa fondation les militants de l'AIC 1) l'antisionisme 2) l'anticapitalisme 3) le féminisme

Les trois revendications politiques majeures de l'AIC sont : 1) la fin complète de l'occupation israélienne de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, 2) le retrait complet des colonies israéliennes, 3) la reconnaissance du Droit au Retour des Réfugiés palestiniens (interview avec Connie Hackbarth, Jerusalem, 2005).

”[Un des objectifs] du centre, explique Michel Warschawsli, au-delà même de l'information, c'était de créer un espace, et devenir une espèce de facilitation d'une coopération israélo-palestinienne, qui en était encore à ses balbutiements” (Interview, Jerusalem, 2005).

Le Centre investi de plus en plus dans l'action “sociale”, s'identifiant ainsi de plus en plus aux ONG “classiques” - tout en restant marqué par une identité d'organisation “politique” : développement de programmes d'éducation populaire auprès de la jeunesse palestinienne, utilisation de volontaires internationaux effectuant leur “service social”, programmes de “tourisme alternatif” pour les militants “internationaux”, etc.

  • II. HISTOIRE

II.1. Du centre d'information militant à l'ONG internationale

“On venait tous d'un tradition militante, organisationnelle, groupes d'extrême-gauche et groupes de la gauche palestinienne, avec des modes de fonctionnement institutionnels très classiques, d'organisation… Le mot ONG, on ne connaissait pas. On a été une des premières ONG en Israël, et en Palestine, à savoir qu'on en était une [petit rire] […] Ce qu'on a fait, c'est inscrire une association - de type « loi 1901 » en France – ce qu'on avait souvent fait [auparavant]… Mais pour la question du financement, pour nous c'était une évidence qu'on allait s'autofinancer par notre travail : on allait vendre de l'information, des journaux… Et – alors on a eu des dons et des prêts… ridicules si aujourd'hui on pense au budget qui semble… Mais qui pour nous semblaient des sommes phénoménales, pour mettre en place… pour louer un appartement – minuscule, et acheter du matériel, alors tout à fait moderne : on était les premiers, bien avant la plupart des quotidiens israéliens, à avoir… un fax [rire], et des ordinateurs – à l'époque où les ordinateurs marchaient quasiment à la vapeur. C'était… Mais cela nous permettait aussi de gagner de l'argent – du moins c'était notre pari – en utilisant ce matériel sophistiqué pour l'époque, pour faire des prestations de service. Pour qui voudrait : pour le marché en général, mais surtout pour la gauche. Imprimer, traduire, mettre en page… C'est-à-dire avoir une autonomie d'action qui permette aussi d'aider les autres et d'y gagner un peu d'argent. On en n'a pas gagné beaucoup, mais enfin ça nous a permis – ça et quelques petites donations et… heu… des amis militants, des maisons d'édition… Pour donner un exemple, une maison d'édition militante de Londres nous a payé d'avance des projets qu'on allait faire, des recherches qu'on allait faire, sur d'ailleurs… en surévaluant, en nous donnant de l'argent qui allait bien au-delà de ce que ça valait, comme acte de solidarité militante. C'est bien plus tard, après mon arrestation, après la fermeture du centre en 87, plutôt je dirais même 88, qu'on a commencé à devenir une ONG normale, à comprendre que pour exister, que pour se développer, on avait besoin de faire des collectes d'argent – pour la campagne juridique, pour le procès, pour la campagne de solidarité, et de là on a commencé à entrer en contact avec des donateurs, et à rentrer dans la logique classique des ONG.” (Interview avec Michel Warschawski, Jerusalem, 2005)

II.2. Chronologie

1984 : février : fondation de l'AIC

  • III. ACTEURS

III.1. Relations externes

L'AIC apparaît comme une organisation centrale dans l'espace des producteurs de médias alternatifs en Israël et en Palestine : elle est une des plus anciennes, une des plus connues et des plus reconnues, du moins au dire de ses membres (WARSCHAWSKI, 2006 : 12-14). Michel Warschawski explique : ”on a été très très très souvent, et ce depuis 1984, 'les premiers à'… A mettre en évidence par exemple le retour de la torture. La torture avait été plus ou moins abolie, et puis elle est revenue. Grâce à nos réseaux, on savait : 'tiens ! Il y a un nouveau phénomène'. Notre rôle, et ça je dirais qu'on l'a très précisemment défini il ya une dizaine d'années, c'est d'être capables de donner une information qui soit entre simplement la dépêche de presse, ou les quelques lignes, ou le communiqué, et le rapport, et un rapport qui demande un travail sérieux, de fieldwork, où l'on prend son temps. Nous, on a choisi intentionnellement l'espace au milieu. Notre rapport sur la torture, le rapport de Btselem qui a été publié trois ans plus tard… dès ce moment-là, on fout le notre à la poubelle, il n'a plus aucune valeur : le leur est mille fois meilleur. Mais pour nous c'était important, trois ans plus tôt, d'avoir ce rapport. Qu'on sort en deux mois. Le premier rapport qu'on a fait sur le mur… depuis, il y a des rapports, il y a des trucs qui depuis, mais sont MILLE fois plus balaises, et plus intéressants et plus sérieux, et plus établis – nos cartes n'étaient pas vraiment des cartes. Mais c'était important de dire 'attention le mur va être construit, cette fois-ci, c'est sérieux. Voilà de quoi il s'agit : A, B, C. Voilà ce qu'il faudra faire'. Donc de donner des outils de mobilisation plus que des outils qui ont la prétention de couvrir complètement un sujet. Il y a une différence en hébreu entre 'premier rapport', qui est plus une introduction à un [second] rapport qu'il faudra écrire demain, ou dans deux ans, dans trois ans, mais qu'il faut [publier] immédiatement, parce que la question c'est d'alerter, d'alerter et de mobiliser sur l'importance de certaines choses. Je pourrais presque dire – peut-être que j'exagère, mais ça me vient à l'idée, que, en tous les cas, 80 % des choses que l'on a publié parlent surtout des rapports, des petites brochures, etc. On va retrouver, mais toujours un an, deux ans, voire trois ans plus tard quelque chose de bien meilleur dans une autre association. Mais on aura été ceux qui auront mis la question [à l'ordre du jour]” (Interview avec Michel Warschawski, Jerusalem, 2005).

III.2. Relations internes

  • IV. PUBLICATIONS

Les premières publications de l'AIC sont des communiqués de presse et des rapports de synthèse : environ 30 rapports et recherches ont été publiés entre avril 1984 et février 1987 comme le Report n° 1, publié en anglais le 20 juin 1985, sur le thème de la “crise de l'économie israélienne”, qui utilise un style universitaire et un vocabulaire marxiste classique (“Israeli bourgeoisie, “bourgeois party”, “imperialists”, “world capitalism”, etc.). Ces publications permettent à l'AIC d'acquérir un public militant, et d'obtenir ses premièrs financements (notamment d'une maison d'édition londonienne). L'équipe se dote de deux ordinateurs et d'un fax (un des premiers à Jérusalem).

IV.1. Magazines

- News From Within

L'évolution de News from Within (NFW) est une véritable caisse de résonnance des transformations internes qui se sont opérées au sein de l'AIC. Aujourd'hui diffusé à environ 2000 exemplaires, il est lu à la fois par un public militant international, mais également par de nombreux journalistes étrangers et des acteurs institutionnels, gouvernementaux ou non-gouvernementaux. Le premier numéro de NFW sort le 17 septembre 1985 et sa publication se poursuit aujourd”hui. Le magazine se présente sous deux formats principaux au cours de ses vingt-trois années d'existence. De septembre 1985 à décembre 1994, c'est-à-dire pendant les dix premières années de son existence, NFW est en format A5 (250 x 175 mm). De janvier 1995 à août 2006, un format magazine, proche du format A4 (265 x 210 mm en général), est utilisé. Ce changement correspond également à l'apparition de la couleur sur la couverture du magazine. Cependant, il ne s'agit que d'une couleur unique liée au nouveau “logo” du titre. La périodicité de News From Within a constamment évolué au cours de son histoire. D'abord hebdomadaire, il est devenu bimensuel, puis mensuel et, de plus en plus souvent, bimestriel. La tendance dominante sur vingt ans est donc à la baisse régulière du rythme de publication, bien que depuis 1988 jusqu'à 2006, NFW ait été dans la très grande majorité des cas un magazine mensuel. On peut ainsi distinguer quatre périodes principales où un certain type de périodicité domine : 1. Septembre 1985 - Août 1986 : dans un premier temps, NFW a une publication hebdomadaire. Dans certains cas, le rythme de publication s'accélère à deux numéros par semaine (janvier et mars 1986) ou ralentit à deux ou trois numéros par mois (novembre 1985, avril et juillet 1986), ou une publication mensuelle (décembre 1986). 2. Août 1986 - décembre 1987 : dans un deuxième temps, le magazine a une publication bimensuelle (tous les 15 jours), à l'exception du mois de décembre 1986 (publication mensuelle). 3. Janvier 1988-mai 2000 : la troisième période couvre la fin des années 1980 et l'ensemble de la décennie 1990. NFW prend alors un rythme régulier de publication mensuelle. Ainsi, entre janvier 1990 et juillet 1996, la périodicité est parfaitement régulière. Plusieurs exceptions notables doivent cependant être notées, par exemple au début et à la fin de l'année 1989. Par contre, entre janvier 1990 et juillet 1996, la périodicité mensuelle est parfaitement régulière, et on ne compte que quatre exceptions par la suite, entre août 1996 et mai 2000 - au rythme d'une “irrégularité” par an, correspondant dans certains cas aux vacances estivales. 4. Juin 2000-août 2006 : dans un quatrième temps, le magazine a une publication alternativement mensuelle ou bimestrielle, voire bi-semestrielle dans un cas (juin 2000, vacances d'été). La périodicité redevient donc irrégulière.

IV.2. Rapports

IV.3. Livres

IV.4. Site Internet

IV.5. Vidéos/Documentaires

IV.6. Conférences/Emissions de radio

  • BIBLIOGRAPHIE

Travaux universitaires

Publications de l'AIC ou de membres de l'AIC

ACHKAR, Gilbert, WARSCHAWSKI, Michel, La guerre des 33 jours. La guerre d'Israël contre le Hezbollah au Liban et ses conséquences, Paris, La Discorde, textuel, 2006. ALTERNATIVE INFORMATION CENTER, « Censorship », News from Within, n. I-4, 8 octobre 1985, p. 3. ALTERNATIVE INFORMATION CENTER, «Settler Newspaper Closed », News from Within, n. I-8, 15 novembre1985, p. 2-3. ALTERNATIVE INFORMATION CENTER, «Anti-Press Law », News from Within, n. II-1, 7 janvier 1986 p. 3. Alternative Information Center, « general Assembly 2007 », http://www.alternativenews.org/f.a.q./about-the-aic/aic-general-assembly-2007-20070514.html Avran, Isabelle, Israël-Palestine : les inventeurs de paix, Editions de l'Atelier, 2001. BENCHETRIT, David, On tire et on pleure. Récit de la résistance pacifiste israélienne (DVD), Arte France, Akedia Production, Riff International Production, 2000, 53 mn. ECONOMY OF THE OCCUPATION (THE), 2005-2007, http://alternativenews.org/aic-publications/the-economy-of-the-occupation/ FENAUX, Pascal, « Alternative Information Center (The) », La Revue Nouvelle, Israël, le processus de guerre, Bruxelles, 2001. HAMO, Elie, SHALOM CHETRIT, Sami, Les Panthères Noires (d'Israël) parlent (DVD), Paris, Momento!, 2003. HEVER, Shir, “The Occupation through the Eyes of Israeli Economics”, The Economy of the Occupation. A Socioeconomic Bulletin, The Alternative information Center, Jerusalem/Beit Sahour, n° 9, June 2006. NEWS FROM WITHIN, septembre 1985-août 2006 (archives), http://www.alternativenews.org/aic-publications/news-from-within/ (2005-2007). SIPM-CNT (Syndicat interprofessionnel de la presse et des médias), « Interview de Michel Warschawski », 2003b, http://sipm-cnt.org/article.php3?id_article=251 TORBINER, Eran, Matzpen. Anti-zionist Israelis (DVD), Israel, Matar Plus, Makor Foundation for Israeli Films, AIC, ATG, 2003. Warschawski, Michel, Sur la frontière, Pluriel, Hachette Littérature, Stock, 2002. Warschawski, Michel, Sibony, Michèle, A contre-choeur. Les voix dissidentes en Israël, Paris, Textuel, La Discorde, 2003. WARSCHWASKI, Michel, The Alternative Information Center : 20 Years of Joint Struggle, The Alternative Information Center, Latin Patriarchate Press, Jerusalem, 2006. WARSCHAWSKI, Michel (textes réunis et présentés par), La révolution sioniste est morte. Voix israéliennes contre l'occupation, 1967-2007, Paris, La Fabrique éditions, 2007.

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